Théodore Frédéric Houdayer


Henri Houdayer de Saint-Christophe et Marie Morand de Saint-Paterne se marient le 5 octobre 1868 à Saint-Paterne-Racan. Ils auront 7 enfants tous nés à La Paumerie, ferme de Saint-Christophe où les parents sont cultivateurs :

  • Marie Marguerite qui naît le 14 mai 1869 ; sa mère n'a que 17 ans.

  • Léontine Eugénie Zoé voit le jour le 11 septembre 1870 (comme témoin nous trouvons François, son grand-père paternel qui, âgé de 69 ans est rentier à Saint-Christophe). Elle épousera Albert Anatole Louis Houdet le 6 juin 1911 à Neuvy-le-Roi.

  • Henri, premier garçon naît le 19 décembre 1872 (son oncle maternel, François Morand, 26 ans, cultivateur à Saint-Paterne est témoin). En août 1914, il sera mobilisé comme conducteur de chevaux et de voitures de réquisition.

  • Denis Auguste voit le jour le 29 août 1877.

  • Augustine Valérie naît le 1er mai 1882, se marie le 22 février 1908 à Saint-Paterne avec Émile Marie et décède le 30 mai 1959 à Couesmes.

  • Eugène François naît le 10 juin 1884 et décède à Saint-Paterne le 1er février 1961. Après avoir effectué son service militaire dans les hussards, il est rappelé en 1914 dans un régiment d'artillerie.

  • Enfin Théodore Frédéric, le dernier, voit le jour le 5 février 1888 ; son père a 50 ans et sa mère en a 37.

 

Les divers recensements de la commune font apparaître qu'ils quittent La Paumerie pour s'installer vraisemblablement à Saint-Paterne entre 1891 et 1896.

 

Théodore passe son conseil de révision à Neuvy-le-Roi, chef-lieu du canton avec ses camarades de la classe 1908. Sa fiche matricule porte le n° 1503.

Il a les cheveux et les sourcils noirs, les yeux bruns, le front élevé, le nez fort et la bouche ordinaire. Son menton est rond et son visage ovale. Il mesure 1,63m et son degré d'instruction générale est de 3.

 

Il est incorporé au 82e RI dès le 8 octobre1909.

Classé dans le service auxiliaire et maintenu au corps par décision de Monsieur le Général commandant les 5e et 6e subdivisions en date du 8 mars 1911 sur avis de la commission spéciale de réforme de Montargis pour « hernie légère de la ligne blanche ».

 

Il passe dans la disponibilité le 24 septembre 1911 en attendant son passage dans la réserve de l'armée active qui aura lieu le 1er octobre 1911. Le certificat de bonne conduite lui est accordé.

Le 19 avril 1913, il épouse Marguerite Nathalie Cochonneau. Le mariage a lieu à Saint-Aubin-Le-Dépeint dans la commune de naissance de la mariée et tous les parents, cultivateurs, sont présents et consentants. Il a 25 ans et elle, 21.

En 1914, une petite Denise qui ne connaîtra pas longtemps son père naît de cette union.

 

 

En effet, Théodore Frédéric est rappelé sous les drapeaux par l'ordre de mobilisation générale du 1er août 1914. Il est placé en sursis d'appel jusqu'à nouvel ordre comme ouvrier à la poudrerie nationale du Ripault.

Le 24 décembre 1916, il rejoint le 46e Bataillon de Chasseurs Alpins suite à la décision du général commandant la 7e armée (le 46e BCA est constitué à partir de la réserve du 6e BCA).

 

Suivons ce bataillon au travers de son Journal de Marche et Opérations (JMO) :

 

  • 10 janvier 1917 : départ de Plainfaing (88) pour cantonnement à Raon-aux-Bois (88), près de Remiremont (88). Réorganisation, instruction et entraînement sont activement poussés.

  • 31 janvier : cantonnement à Aumontzey (88)

  • 3 février : transfert par train puis installation du campement à Guevenatten (68). Le bataillon exécute d'importants travaux de première et deuxième positions dans le secteur d'Ammertzvillers (68).

  • 3 mars : installation à Offemont, à 2 km de Belfort.

  • Du 5 au 15 mars : important déplacement par Lure, Luxeuil, Aillevillers (70), Plombières et Saint-Dié (88) pour installation à Provenchères (88).

  • 20 mars : le bataillon quitte le secteur et vient cantonner à Anould (88) d'où il repart le lendemain pour La-Chapelle-devant-Bruyères (88)

  • 23 mars : embarquement en chemin de fer pour Montmirail (51)

  • 28 mars : départ de Montmirail pour arriver en une seule étape de plus de 30 km à Courcelles et Trélou près de Dormans (51) dans la vallée de la Marne. Le bataillon y reste une dizaine de jours.

  • 6 avril : déplacement vers Lhéry (51) en direction de Reims.

  • 11 avril : déplacement dans la région de Romain (51). La densité des troupes étant trop forte, il n'est pas question de cantonner dans le village et le bataillon part s'installer dans d'immenses grottes aménagées à 1 km au nord.

  • 15 avril : à 4h du matin, le bataillon quitte les grottes et se porte avec toute la 66e DI dans le ravin de la ferme Beaugilet. Le temps qui jusqu'à présent s'était maintenu au beau s'assombrit et la pluie commence à tomber, une pluie fine qui détrempe le terrain. La marche pour rejoindre le canal de l'Aisne est particulièrement pénible. Le terrain est marécageux. Le canal est traversé au pont de Concevreux puis l'Aisne est franchie sur une passerelle à Guiry-les-Chandardes. 

  • 16 avril : l'attaque doit se déclencher à 6h. À 6h30, le bataillon se met en marche, traverse le bois des Couleuvres, où il reçoit quelques obus qui lui causent des pertes et arrive dans le bois de Beaumarais, où il est obligé de stopper. Les troupes qui ont attaqué ce matin, n'ont pas réussi à progresser à cause des mitrailleuses ; tout le monde, impatient de bondir, espère que ce n'est là qu'un arrêt momentané et que, d'un instant à l'autre, on va repartir. Malheureusement, il n'en est rien, et il faut se rendre à l'évidence; le 208e RI, qui a attaqué devant le bataillon, ne donne pas de ses nouvelles, les éléments de ce régiment qui sont sortis n'ont pu progresser et sont cloués entre les lignes. Ils y restent jusqu'à la nuit, et rentrent ensuite dans leurs tranchées de départ. Le bataillon tient les tranchées situées à la lisière nord du bois de Beaumarais, entre les postes de « Provence » et « d'Oran » sur la gauche, le village de Craonne est encore aux mains de l'ennemi, ainsi que le plateau de Californie, dont la corne est lui fournit un observatoire merveilleux, d'où il peut voir jusque dans le fond de nos tranchées; aucun mouvement ne lui échappe, principalement dans la partie ouest du secteur, qui est de ce fait la plus bombardée.

  • 17 avril : Pendant la nuit et la matinée, le temps devient de plus en plus mauvais, la pluie et la neige transforment les tranchées en ruisseaux de boue. À midi, le 46e bataillon reçoit l'ordre d'attaquer à 16 heures et d'enlever les objectifs suivants : « Courtine de la Clairière, bois en Mandoline et tranchée de Lutzow ; pousser au delà si possible ». Le terrain est tout à fait plat, et la première ligne allemande qui doit être atteinte est à 600 mètres. Dès H moins 4 (15 h. 56), les mitrailleurs ennemis, qui ont vu déboucher le bataillon de droite, ouvrent le feu ; leur tir est très précis et les balles écrêtent les parapets. En même temps, un barrage d'artillerie se déclenche, très violent sur nos tranchées de départ et les boyaux d'accès. À 16 heures précises, cependant, le bataillon part à l'assaut dans un élan magnifique, l'avance est lente, en raison des nombreux fils de fer non détruits et du violent tir de mitrailleuses. Les chasseurs sont obligés de chercher dans les réseaux les brèches de passage, que les obus allemands ont creusées; aucun travail n'ayant été fait dans ce sens. Le tir des mitrailleuses ennemies redouble d'intensité, celles qui tirent de Craonne, prennent le bataillon d'enfilade. À ce moment, les pertes sont extrêmement lourdes. Les chefs constatent que toute progression est impossible, ou que, tout au moins, les résultats ne seraient pas en rapport avec les sacrifices ; ordre est donc donné de s'organiser sur place.

Théodore Frédéric Houdayer, 29 ans, est « Mort pour la France » dans ce rude combat...

 

...et l'officier chargé de remplir le JMO, poursuit en ces termes :

,,,Malgré les pertes et l'insuccès de l'attaque, le moral reste excellent...

 

 

Son nom figure dans le JMO (Journal de Marches et Opérations) du 46e BCA à la page 25.

 

Il repose à la Nécropole de Pontavert dans le département de l'Aisne et sa tombe porte le n° 4539

 

Bien que natif de Saint-Christophe-sur-le-Nais, il ne figure sur aucun monument ni aucune liste de la commune et donc, il fait partie des « oubliés » !

 

On le retrouve sur le monument aux morts de la commune voisine de Saint-Pierre-de-Chevillé (72)

 

Sources : AD 37 en ligne, Mémoire des Hommes (JMO).

Carte : IGN Géoportail.

Photographie de sa tombe : David et Brigitte Bonnaud-Doyen

 

Photographie MAM Saint-Pierre-de-Chevillé : Michel Mirault